Les prix d’architecture en Belgique (1900-1988)

You are here

Analyse d’un dispositif de médiation de l’architecture en quatre conditions

La thèse porte sur les prix d’architecture, ces distinctions honorifiques attribuées à une œuvre architecturale et/ou à un architecte. Avec comme terrain d’étude les distinctions organisées en Belgique au XXe siècle, elle a pour objet de comprendre la place et le rôle de ce dispositif de médiation en architecture.

À bien des égards, les prix représentent un phénomène architectural aussi large que sous-estimé. Au cours du XXe siècle – et plus particulièrement dans les deux dernières décennies –, les prix se sont multipliés, en Belgique comme à l’international. Pourtant, et à la différence de ces autres médiations que sont les revues ou les expositions, les prix n’ont encore été abordés qu’en de très rares études et de manière partielle. Ces dernières peuvent être rapportées à deux grands champs disciplinaires : historique d’une part et sociologique de l’autre. Si le premier a souligné la participation des prix aux avancées des idées architecturales (par les discussions et débats qui y ont cours) ; le second a, quant à lui, mis en avant leur participation à la constitution du monde social de l’architecture (par les effets de consécration qui y sont à l’œuvre).

Laissant entrevoir là un double rôle des prix, participant à l’élaboration conjointe d’un objet (l’architecture comme champ disciplinaire) et d’un domaine (l’architecture comme champ social), les études évoquées ici ne permettent cependant que difficilement de saisir la manière dont ce double rôle s’articule concrètement au sein de ce dispositif. Or, c’est bien à ces deux aspects que les architectes se trouvent confrontés dès lors qu’ils s’engagent au sein des prix, que cela soit en tant que candidats, jurés ou observateurs critiques.

L’objectif de la thèse est précisément de réévaluer la manière dont la rencontre entre ces deux rôles se déroule, en pratique, au sein des prix. Il s’agit d’étudier les articulations entre eux, ainsi que les potentielles tensions qui en émergent.

Entre démarche socio-historique et visée théorique et prospective, la thèse se divise en trois temps. Elle part tout d’abord d’une analyse précise de trois « scènes » appartenant à l’histoire des prix d’architecture en Belgique (couvrant une période allant de 1900 à 1945). Ensuite, et à partir de l’étude de ces trois moments historiquement situés, elle développe un modèle interprétatif et analytique propre à ce dispositif. Ce modèle propose de caractériser le prix à partir de quatre conditions, chacune se rapportant à un aspect au regard duquel son double rôle peut être pensé. Enfin, la thèse investit une quatrième scène pour remettre à l’épreuve le cadre théorique développé, démontrant sa pertinence au regard d’une histoire encore récente de l’architecture en Belgique. En l’occurrence, celle qualifiée de « postmoderne » qui couvrent les années 1970 et 1980. Les débats idéologiques et les transformations sociales que connait l’architecture dans ces deux décennies sont alors examinés à l’aune des prix, conduisant à nuancer certaines interprétations formulées ailleurs.

Ainsi, en proposant un cadre interprétatif et réflexif au phénomène des prix d’architecture, la thèse entend donner aux architectes les moyens de réinvestir de manière critique un important dispositif de médiation de leur discipline. Un investissement qui commence par l’éclairage d’une part méconnue de l’histoire de l’architecture belge, en vu de nourrir les réflexions pour une réappropriation future.